« On peut attendre un enfant… et être en détresse »
Je m’appelle Camille, j’ai 34 ans, et je suis maman d’une petite fille de deux ans. Elle s’appelle Lou. C’est une tornade blonde, drôle, vivante, curieuse. Elle rit tout le temps. Et parfois, quand je la regarde, je me demande comment j’ai tenu. Parce qu’il faut le dire : j’ai été enceinte en étant sous antidépresseurs. Et j’en ai eu honte. Longtemps.
J’étais déjà en traitement quand je suis tombée enceinte
Ça faisait près d’un an que je prenais de la sertraline. Dépression modérée mais bien installée. Insomnies, crises de larmes au réveil, ruminations. La thérapie m’aidait, mais le médicament m’a sortie la tête de l’eau.
Et puis, la surprise. Le test positif.
Panique. Est-ce que je pouvais continuer le traitement ? Est-ce que je venais de “nuire” à ce bébé à peine formé ? Les forums m’ont terrifiée. Entre les “tu ne peux pas faire ça à ton enfant” et les “moi j’ai tout arrêté du jour au lendemain”, j’avais l’impression d’être un monstre.
Heureusement, ma psychiatre a été exceptionnelle. Elle m’a dit une phrase que je n’oublierai jamais :
“Un bébé a besoin d’une mère vivante. Pas parfaite, pas souriante tout le temps, mais vivante.”
Les antidépresseurs pendant la grossesse : ni rose ni noir
J’ai continué la sertraline, à faible dose, après validation avec ma psy, mon généraliste et ma gynéco. Une sorte de comité de sages, en fait. On a pesé les risques, évalué les alternatives.
Physiquement, la grossesse s’est bien passée. Moralement, c’était un autre sport.
Je culpabilisais. Et en même temps… j’allais mieux. J’ai pu continuer à travailler. À préparer la chambre de Lou. J’ai ri aux échographies. C’était bancal, mais c’était moi.
Parlons vrai : libido et grossesse sous antidépresseurs
Voilà un sujet qu’on évite souvent, alors allons-y franchement.
Ma libido a disparu. Évaporée. Déjà, la grossesse chamboule tout à ce niveau-là. Mais avec les antidépresseurs, c’était zéro envie. Et quand on essayait quand même, je n’éprouvais rien. Comme si mon corps était sous cloche.
Mon compagnon a été patient, mais je voyais bien que c’était dur pour lui. Il avait peur de mal faire, de me brusquer, de me perdre. On s’est éloignés, doucement. Pas de cris, pas de drames. Juste ce vide dans notre lit. Et ça, personne ne vous le dit.
Aujourd’hui encore, on en parle comme d’une zone grise de notre couple. Une parenthèse un peu triste. Mais elle faisait partie du chemin.
La maternité sous traitement : entre douceur et vertige
Quand Lou est née, j’étais encore sous antidépresseurs. C’était un choix assumé, validé médicalement. Je ne voulais pas risquer une rechute.
Et pourtant… j’ai frôlé le bord. Le post-partum a été rude. Lou ne dormait pas. Moi non plus. J’étais épuisée, mais moins “au fond” que je l’avais été avant ma grossesse. Les antidépresseurs ont été comme un coussin entre moi et le gouffre.
Je ne ressentais pas cet amour immédiat dont parlent les magazines. Mais j’étais là. Présente. Fonctionnelle. Et peu à peu, l’amour est venu. Solide. Inconditionnel. Gagné à la force du quotidien.
Ce que j’aurais aimé entendre
- Qu’on peut être une bonne mère, même si on prend un traitement.
- Qu’on peut être enceinte ET dépressive.
- Que la libido n’est pas un indicateur de notre capacité à aimer.
- Qu’on peut être fière de choisir la stabilité mentale.
- Et que tout ça… ça passe.
Aujourd’hui, je suis encore sous traitement. Une dose légère. Je fais de la thérapie. Je prends soin de moi. Lou me réveille parfois à 6h du matin avec des chansons inventées. Mon couple va mieux. On reconstruit une intimité, pas seulement sexuelle. Plus tendre, plus vraie.
En conclusion : ce n’est pas un échec, c’est un parcours
Si tu lis ce témoignage et que tu es concernée, je te serre la main, virtuellement. Ce que tu vis est réel. Ton corps change, tes hormones font la java, ton mental vacille parfois. Et tu fais du mieux que tu peux.
Prendre un antidépresseur n’est pas un aveu de faiblesse. C’est une décision courageuse. Réfléchie. Parfois vitale.
Tu es légitime. Tu n’es pas seule. Et surtout : tu n’es pas moins mère.


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